L’antisémite n’aimait pas les arabes

Il y a 50 ans, lundi 16 octobre 1961, la France tente de sortir du bourbier algérien. Six mois après le putsch d’Alger (« un quarteron de généraux en retraite… »), Paris vit sous un couvre-feu instauré le 5 octobre par le préfet de police, un certain Maurice Papon : « Il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement entre 20h30 et 5h30 du matin. ». Les sieurs Hortefeux et Guéant n’ont pas encore osé cela.

Papon, nous connaissons. C’est l’homme qui, à partir de février 1942, comme Secrétaire général de la préfecture de Gironde supervisait la gestion du fichier des juifs avec comme conclusion le départ de 1 600 d’entre eux pour un séjour à Drancy puis Auschwitz… Pour ces agissements Maurice Papon sera condamné à 10 ans de réclusion criminelle le 2 avril 1998, condamnation devenue définitive par arrêt de la cour de cassation le 11 juin 2004. Malgré ce passé chargé, VGE trouvera opportun de le nommer ministre du budget entre 1978 et 1981…

Maurice Papon

Préfet, ministre, antisémite, anti-arabe, Papon, honneur : chercher l’intrus

Donc en cette mi-octobre 1961, pour protester contre cette mesure au faciès, le FLN décide d’organiser une manifestation pacifiste sur trois secteurs : Étoile pour les algériens de banlieue ouest, Saint Michel-Saint Germain pour les banlieusards sud et les grands boulevards pour les banlieusards nord et est. Ce sera mardi 17. Il pleut. Pourtant entre 20 et 30 000 algériens tentent de rejoindre les points de regroupement. Mais le gouvernement et le préfet de police ont décidé que les rassemblements ne se feront pas. Pont de Neuilly et sur les boulevards face au Rex, la police tire, les algériens tombent, des corps sont jetés à la seine. Combien de morts ? On ne saura jamais. Les chiffres varient de plusieurs dizaines à plusieurs centaines.

Dans la nuit, environ 7 000 algériens sont parqués au Palais des sports de la porte de Versailles Le Vel d’hiv avait été détruit deux ans plus tôt, sinon nul doute que Papon s’en serait servi. Car, force est de constater que l’antisémite de 1942 n’aimait pas non plus les arabes en 1961 !

Banderole sur les quais de la seine en octobre 1961 en hommage aux victimes du massacre du 17 octobre

A l’occasion de ce triste anniversaire mercredi prochain sortent en salle deux films « octobre à Paris », film réalisé en octobre 1961, juste après la journée du 17 mais victime de la censure, et « Ici on noie les Algériens » réalisé en 2011 ». En souvenir de toutes ces victimes de la police française, n’hésitez pas à aller les voir.

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3 réponses à L’antisémite n’aimait pas les arabes

  1. dtolbiac dit :

    Merci pour avoir rappelé, au milieu de la pression médiatique des primaires, cet épisode honteux de l’histoire de la France coloniale. En parler semble encore incongru pour une classe politique française pas toujours si scrupuleuse que ça.
    Quelques précisions et commentaires à ce propos.
    Sauf erreur de ma part, je n’ai pas souvenir que François Mitterrand et les socialistes arrivés au pouvoir en 1981 aient beaucoup insisté pour faire la lumière sur cet événement du 17 octobre 1961 alors vieux d’à peine vingt ans dont ils avaient été les témoins, en dénoncer les responsables politiques et pénaux encore vivants et en réhabiliter les victimes.
    À l’époque, en dehors de quelques milieux de gauche et du PCF à cause de la tragédie de Charonne du 8 février 1962, personne ne s’intéressait à attaquer Maurice Papon sur certains épisodes sombres d’une carrière préfectorale et policière exemplaire de la politique coloniale des IVe et Ve Républiques.
    Après guerre, Papon poursuivit une carrière brillante en Afrique du Nord, au Maroc puis en Algérie comme préfet à Constantine. C’est en raison de ses compétences appréciées dans les « affaires algériennes » après 1954 qu’il nommé Préfet de police en 1958 par le gouvernement Félix Gaillard pour apaiser les policiers après leur manifestation devant l’Assemblé nationale.
    Conservé par de Gaulle après son retour en 1958, il est en 1961 l’homme de confiance du général, de Michel Debré Premier ministre et de Roger Frey Ministre de l’intérieur en matière de lutte contre le FLN et de maintien de l’ordre en région parisienne.
    Resté Préfet de police jusqu’en 1967, il poursuivra ensuite une carrière politique et parlementaire au sein du parti gaulliste puis finira Ministre du budget du gouvernement Barre en 1978 sous Giscard d’Estaing.
    C’est à propos d’une autre affaire pas très honorable de trafic d’influence qu’il fut rattrapé en 1981 par le Canard Enchainé juste au moment du deuxième tour des présidentielles (« Quand un ministre de Giscard faisait déporter les Juifs ») sur ses responsabilités à la préfecture de Bordeaux dans la déportation des juifs bordelais. D’abord blanchi par un jury d’honneur par rapport à ses rapports avec la Résistance, il sera inculpé en 1983 pour crimes contre l’humanité imprescriptibles mais ne sera jugé et condamné que quinze ans plus tard.
    Sur le plan personnel, Maurice Papon, de tradition républicaine « rad soc » n’était pendant la guerre ni « pronazi »ni « antisémite ». Fonctionnaire de la préfectorale, il était un serviteur consciencieux de l’État français en matière de politique anti-juive au service de l’occupant allemand.
    En 1961 et en 1962, il n’était ni raciste et anti-arabe. Préfet de police, il était le serviteur zélé d’une politique de tous les jours de lutte contre le terrorisme FLN, de maintien de l’ordre et de répression du gouvernement de la République française.
    Pour le cinéma, le film « Octobre à Paris » de Jacques Panijel tourné fin 1961 et connu et diffusé depuis longtemps dans certains milieux, sortira le 19 octobre prochain. Pourquoi avoir attendu cinquante ans ?
    Quant au film de Yashmina Adi « Ici on noie les Algériens », il sortira en février 2012 dans une petite salle du Quartier Latin…
    Enfin, même ce qui concerne des gens comme Guéant et Hortefeux, attention aux amalgames et procès d’intention dangereux.

    • Voldemort dit :

      Je ne partage pas cet avis. Il y a en France un vieux fond maurassien alliant antisémitisme et xénophobie. Ce n’est pas tout à fait un hasard si l’extrême droite a pu se développer dans les années 30; si le front national a des résultats électoraux à deux chiffres depuis près de 30 ans. si le pétainisme, malgré les lois anti-juives, a été populaire jusqu’au moins 1942…
      Je n’ai pas dit que Papon était un nazi. Mais je pense sincèrement qu’il n’était pas que le simple fonctionnaire obéissant.
      L’antisémitisme existait dans la haute fonction publique dans les année 40-44, comme il existe toujours en France. Des faits divers nous le rappellent régulièrement
      Le rejet de l’arabe existait dans les années de la fin de la guerre d’Algérie, comme il existe toujours dans la France d’aujourd’hui. Le délit de sale gueule n’est pas qu’un slogan.
      Ce ne sont donc pas des procès d’intention que de dire que nous avons eu des dirigeants coupables de crimes contre l’humanité. Et ce n’est pas non plus, je pense un procès d’intention que de penser que des comportement de dirigeants actuels peuvent, à tout le moins, engendrer des pensées et des actes racistes.

  2. stef le ptit zef dit :

    Bonsoir,
    Il est effectivement important que l’Histoire, toute l’histoire soit bien rapportée. L’an dernier le film « hors la loi » avait déjà eu le mérite de monter au grand public un nouveau point de vue sur les évènements de Setif et la montée du FLN suscitant évidemment la polémique. Il est surtout important d’en tirer quelques enseignements sur les excès des serviteurs zélés de politiques contestables mais démocratiques s’il n’y a pas de contrepouvoir et de presses libres…pour les dénoncer rapidement.

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